Tant que les cris sont ignorés, il faut les hurler plus fort.

Tant que les larmes coulent dans l’ombre, il faut leur donner la lumière.

Tant que la vie est une survie, il faut la défendre avec rage et amour.

Aujourd’hui, nous prenons la plume au nom d’Assala, une femme tunisienne transgenre, brisée, humiliée, mais debout. Une femme que son propre pays refuse de voir, de respecter, de protéger.

Et aujourd’hui, parce que la Tunisie reste sourde, nous nous adressons à vous, à l’extérieur. Aux voix internationales. Aux défenseurs des droits humains. Aux gouvernements démocratiques. Aux ONG. Écoutez-la. Aidez-la. Protégez-la.


Assala : vivre en Tunisie, c’est mourir un peu chaque jour

Née Ahmed Bouzir le 8 décembre 1992 à Kalaa Sghira (gouvernorat de Sousse), elle a depuis longtemps compris que ce prénom et cette identité imposée n’étaient pas les siens. Elle s’appelle Assala. C’est son choix. C’est son droit.

Mais dans la Tunisie d’aujourd’hui, ce droit est nié.

Chaque jour, Assala vit avec la peur de sortir. Peur d’être reconnue. Peur d’être arrêtée. Peur d’être moquée, battue, expulsée d’un taxi, chassée d’un hôpital, humiliée dans un commissariat. Être trans en Tunisie, c’est être coupable de vivre.

Elle a été arrêtée au GOLF Arab, un lieu public à Tunis. Les policiers n’avaient aucun motif valable. Ils l’ont ciblée parce qu’elle « ne rentrait pas dans la norme ». Ils ont supposé qu’elle était homosexuelle, comme s’il s’agissait d’un crime. Ils l’ont interrogée, insultée, menacée.

Ils ne l’ont pas appelée Assala. Ils l’ont appelée Ahmed, avec dégoût.

Ils ne l’ont pas traitée comme une citoyenne, ni même comme une humaine.

Ils l’ont traitée comme un problème.


Elle ne veut pas fuir. Elle veut juste vivre.

Assala aurait pu fuir. Partir. Recommencer ailleurs. Mais elle n’en a pas les moyens. Et surtout, elle refuse de se taire.

Elle veut que son histoire éclaire celles de centaines d’autres femmes et hommes transgenres, enfermés dans l’ombre, dans la honte, dans la peur. Combien sont-ils ? Nous ne le savons pas. Parce qu’ils ne peuvent pas parler. Parce qu’ils risquent la prison, ou pire.

La loi tunisienne ne protège pas les personnes trans. Pire, elle les détruit. Elle les isole. Elle les pousse à la dépression, à l’auto-mutilation, parfois au suicide.

Et quand elles se tournent vers l’État, on leur ferme la porte.

Quand elles vont dans un hôpital, on les traite de fous.

Quand elles croisent un policier, elles retiennent leur souffle.


Alors aujourd’hui, nous crions vers le monde entier

Aux Nations Unies, à Human Rights Watch, à Amnesty International, à ILGA World, à la Commission Africaine des Droits de l’Homme, à toutes les ambassades démocratiques présentes à Tunis :

Nous vous demandons d’écouter Assala.

Nous vous demandons de venir en aide à celles et ceux qui, comme elle, sont invisibles dans leur propre pays.

Nous demandons un regard international sur la condition des personnes trans et LGBTQIA+ en Tunisie.

Nous demandons :


Assala n’est pas une menace. Elle est une victime.

Ce que vit Assala, ce n’est pas une exception. C’est un système.

Un système qui déshumanise.

Un système qui tue à petit feu.

Mais Assala est toujours là. Debout. Vivante. Elle ne demande pas des privilèges. Elle demande la liberté. La liberté d’exister.

« Je ne suis pas un homme. Je ne suis pas un crime. Je suis une femme. Je suis Assala. Et je veux vivre. »


Shams, à ses côtés

L’association Shams, depuis sa création, se bat pour faire entendre ces voix. Mais notre voix seule ne suffit plus. Nous faisons appel au monde entier.

Nous vous demandons de regarder la Tunisie au-delà des cartes postales.

Regardez ses marges. Ses prisons. Ses oubliés.

Et là, vous verrez Assala. Vous verrez tant d’autres. Et, peut-être, vous tendrez la main.

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